• * Les Vierges noires

     Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    Introduction

    Le culte de Notre-Dame n’était pas répandu avant l’époque de la naissance de l’Ordre du Temple mais celle qu’il était déjà coutume d’appeler la « Vierge Marie » semble sans cesse présente dans la pensée des Templiers. Dans ce parchemin, j’ai donc voulu tenter de comprendre comment et pourquoi le culte de la Vierge Marie a pris autant d’ampleur.

     L’une des grandes clés du secret des Templiers se trouverait sans doute dans la dédicace de leurs églises. Nombre d’auteurs ont quasiment lié systématiquement notre Ordre aux dédicaces à Notre-Dame et à saint Jean. On ne peut leur donner tout à fait tort car Marie signe de nombreux sites templiers notamment en Bretagne. Les « Locmaria » réservent aux fouineurs de bien agréables surprises sous forme de croix templières ou de chapelles ayant appartenu aux moines-soldats, nos lointains prédécesseurs !

     Les Templiers ont voué à la Vierge un culte plus fervent encore que celui de leurs contemporains. La règle de l'Ordre précise en effet : « Notre-Dame fut au commencement de notre religion, et en elle, et en l'honneur d'elle, si Dieu plaît, sera la fin de notre religion ».

     En débutant la présente recherche, j’ai donc appris que les Templiers vouaient un culte particulier à « Notre-Dame ». Mais avant la constitution officielle de notre Ordre, il semble qu’ils aient pu vénérer les Vierges Noires.

     Je voudrais donc commencer par vous rappeler que la Vierge noire est un symbole alchimique. C’est la matière première, la « materia prima », la matière première, vierge. C’est le centre originel de la non-manifestation et de l'indifférenciation. C’est celle qui, tout en demeurant pure, enfanta le Verbe incarné, synthèse du Ciel et de la Terre par ses deux natures, divine et humaine, symbolisées par le sable et l'argent de notre baucéant.

     La Vierge noire a besoin de lumière pour faire grandir l’enfant. Pour la terre, il en va de même : elle a besoin de lumière pour l’évolution, pour arriver à l’œuvre au blanc. L’enfant qu’elle porte, c’est l’avenir de la terre. Mais cet enfant, pour nous, c’est le Christ.

     Une fois l’ordre créé, les pensées et les prières des Templiers furent avant tout destinées à la Vierge, à Marie, la sainte patronne de l’Ordre, Marie, mère de Jésus. Mais est-ce une raison suffisante pour expliquer une telle vénération quasi fusionnelle ? Si le peuple du Moyen Age semble s’en être contenté, ce ne fut certainement pas le cas des Templiers… Ils connaissaient le culte de la Vierge Noire, la Déesse Mère, Déesse de la terre. Mais ils connaissaient aussi Marie Madeleine...  Aussi, la vénération des Templiers envers « Leur Dame » n’était sûrement pas due à une piété simple et aveugle.

    Les origines du culte marial

     Le culte de la Vierge Marie habilement rebaptisée « Notre-Dame », a pu se développer dans l’ensemble de la chrétienté, sans que celle-ci ne soupçonne un seul instant que Notre-Dame, pour les initiés, désigne en fait la Déesse - Mère. Il n'est pas interdit de penser non plus que, derrière Notre-Dame, soit cachée Marie de Magdala (Marie de Magdala, aussi appelée Marie la Magdaléenne, Marie-Madeleine ou Madeleine est, dans le Nouveau Testament, une disciple de Jésus de Nazareth, peut-être même son épouse).

     La Vierge Marie a peiné pour s’implanter dans le christianisme jusqu’au 11ème siècle. Tous les historiens s’accordent à reconnaître que saint Bernard fut le zélateur incontesté du culte marial. Saint Bernard a en effet favorisé le culte de la Vierge, mais pas n’importe laquelle ! Il a en effet prouvé qu’il avait pu accéder à d’autres connaissances que celles véhiculées au niveau du vulgaire ! Il lui fallait faire coïncider sa dévotion au culte de la Vierge sans rien renier de son initiation celtique ! C’est pourquoi, dans un trait de génie ou grâce à une inspiration divine, il a inventé l’expression « Notre-Dame » !

    L’Ordre du Temple s’est ainsi bien évidemment placé sous la protection de Notre-Dame et nombre de cathédrales gothiques lui ont été dédiées. Et il existe effectivement un lien entre Notre-Dame et le style gothique. Si l’art roman fut bénédictin, l’art gothique lui, fut cistercien !

     C’est ainsi que la Vierge reçut le patronage d’Amiens, de Bayeux, de Beauvais, de Chartres, d’Evreux, de Laon, de Noyon, de Paris, de Reims, de Senlis, de Sées et de Soissons. Pour être complet et objectif, précisons que ces huit Notre-Dame du nord de la France ont été implantées de façon à dessiner sur le sol la constellation de la Vierge, mais retournée, comme si la terre était le miroir du ciel.

    Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    Dans ce schéma, l’un des sanctuaires n’est pas à proprement parler une cathédrale : il s’agit de Notre-Dame de l’Epine dont le nom semble être une signature templière. Sans elle, la constellation n’aurait pas pu être représentée intégralement. Elle ne fut sans doute construite que dans ce but car elle fut édifiée en pleine campagne, à l’est de Châlons-sur-Marne.

     Saint Bernard n’ignorait apparemment rien de l’histoire de l’église catholique romaine, celle de Pierre. « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église » a dit Jésus. Sachant que Pierre le renierait par trois fois, Jésus ne pouvait lui confier que l’aspect matériel de cette mission, l’église des hommes et de leurs faiblesses. Et c’est à Jean qu’il a confié sa Mère et les mystères de l’église spirituelle.

     Les Templiers se sont mis au service de l’église de Pierre et de son représentant, le Pape. Mais c’est en réalité l’église secrète de Jean, le disciple bien-aimé, l’initié, dont les Templiers ont été les serviteurs zélés par l’entremise de Notre-Dame que saint Bernard a toujours considérée comme la médiatrice, l’intermédiaire, le lien entre le sensible et le divin. Notre-Dame est ainsi devenue le passage obligé pour joindre les lois terrestres aux lois célestes.

     Et comment joindre le terrestre au céleste, si ce n’est dans ces extraordinaires constructions, véritables condensés d’ésotérisme et d’alchimie que sont les cathédrales gothiques ?

     La véritable explosion de l’art gothique se situe dès le 11ème siècle ; de nombreuses cathédrales ont alors surgi de terre, financées en grande partie par les Templiers, et ont été érigées majestueusement sur d’anciens lieux de cultes celtiques et préceltiques pour leur immense majorité !

     Aussi, ne réduisons pas notre approche de l’Ordre du Temple et de l’histoire des Templiers à son contexte purement militaire et historique de la milice et des moines soldats : ne passons pas à côté de sa dimension spirituelle et de l’héritage grandiose qu’ils nous ont laissé.

     Le culte de la Vierge Marie n’aurait probablement pas connu un tel succès, s’il ne s’était appuyé sur différents cultes féminins venus du plus profond de notre histoire. La Vierge noire est le témoin de cette spiritualité oubliée.

     Mais pourquoi cette couleur noire, et d’où vient cette représentation peu conforme au dogme chrétien de la Vierge ?

     Les Vierges noires appartiennent à l’iconographie du Moyen Âge européen. Elles tirent leur nom de leur couleur sombre, souvent limitée au visage et aux mains. La plupart d'entre elles sont des sculptures produites entre le 11ème et le 15ème siècle, mais parfois aussi des icônes de style byzantin des 13ème et 14ème siècles. On trouve parmi elles de nombreuses Vierges à l’enfant.

     Venues du fond des temps, les vierges noires ont toujours représenté un mystère pour l'iconographie chrétienne. On les trouve dans l'Europe de l'Ouest et elles frappent l'imagination car elles semblent se rattacher autant au domaine de l'ésotérisme qu'à celui de la religion chrétienne.

     En général les Vierges noires portent un enfant, souvent sur le genou gauche. Elles sont l’objet de pèlerinages et on leur accorde un grand pouvoir de guérison et de fertilité. La plupart de ces vierges ont causé beaucoup de soucis à l’Eglise catholique. Dès qu’elle l’a pu, l’Eglise les a escamotées sans trop choquer les populations locales.  Depuis le 19e siècle, beaucoup de ces Vierges noires ont été remplacées par des représentations plus conformes au modèle marial. Souvent, elles ont tout simplement été repeintes en blanc.

     La majorité des 450 à 500 vierges noires recensées se rencontrent dans le bassin méditerranéen occidental, domaine de l'art roman, avec une concentration importante dans le sud de la France où on en compte 180. Bien que des musées en conservent, la plupart des Vierges noires ont été placées dans des églises et certaines suscitent encore des pèlerinages importants. Les Vierges noires romanes ont inspiré de nombreuses imitations ultérieures. On trouve bien sûr des Vierges noires dans les régions du monde où vivent des populations à peau sombre, bien que leur couleur ait alors une signification clairement différente de celle des Vierges européennes.

    Un fondement théologique de la couleur des Vierges noires

    Selon l’Église catholique, il n’existe aucun fondement théologique à la couleur de ces Vierges. On a voulu l'expliquer après coup par un passage du Cantique des cantiques (1 :5) : « Nigra sum, sed formosa » : « Je suis noire mais belle. »

    L’explication traditionnellement avancée jusqu’au milieu du 20ème siècle était, pour les statues, le choix du matériau (ébène, acajou ou bois local), ou des dépôts de suie provenant des bougies votives. Dans le cas des icônes, le noircissement serait dû à une altération des pigments, hypothèse qui ne fait pas l’unanimité. D’autre part, même si leur couleur ne provient pas à l’origine d’un choix délibéré, elle semble être devenue un élément important de leur identité.

    Ce n’est qu’à partir des années ‘50, avec l’avancée des études en matière de religions comparées, que des chercheurs ont envisagé que leur teinte sombre ait été voulue dès l’origine. Des rapprochements ont été faits avec les déesses des anciens cultes polythéistes d'Europe occidentale que la romanisation, suivie de la christianisation, avaient fait disparaître, en particulier les déesses-mères, confortés par la présence de sanctuaires dédiés à la mère de Dieu sur les lieux d’anciens cultes païens (Cybèle, Diane etc.). Des chercheurs ont remarqué la ressemblance entre la Vierge à l’enfant et les représentations d’Isis portant Horus datant de l’Égypte ptolémaïque.

    Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    Le symbolisme de la Vierge noire

    Laissons de côté la question des origines premières de la couleur, et constatons qu’il existe différents symbolismes liés à la Vierge noire selon les lieux et les époques.

    La couleur noire était expliquée rationnellement : par la fumée des cierges, par l’âge et l’oxydation ou par la noirceur des pêchés des fidèles ! En réalité, on omettait de préciser que ces statues avaient intentionnellement été taillées dans des matières noires et que cette couleur avait été délibérément choisie. Le noir n'est pas, à un certain degré, l'emblème du mal, mais plus certainement celui d'une science secrète.

    La Vierge Noire est la Terre-Mère, la matrice nourricière à laquelle s'abreuve l’alchimie, le corbeau noir du Grand Œuvre. Quel que soit l'espace où elle est érigée, parfois en remplacement d'une ancienne pierre noire, la Vierge Noire désigne un lieu d'émergence tellurique. Nous savons que l'intérieur du globe est parcouru de courants électriques remontant en surface par les rivières souterraines et les failles géologiques. Quelques filons étant meilleurs conducteurs que d'autres, le fluide affleure en intensité maximale en certains points dits « nœuds » ou « ganglions » telluriques. Ce sont ces emplacements qui signalent les Vierges Noires, déesses des profondeurs, agissant en transformateurs des énergies du sous-sol.

    C'est en Egypte que prit naissance le culte des Vierges noires dont la répartition sur tout le globe semble néanmoins expliquer une cause à caractère universel.

    Pour les occultistes, la Mère noire est devenue la divinité de l'univers caché et du travail subtil qui s'élabore clandestinement. Il y a incontestablement une double filiation de statues avec une similitude de conception qui fait fabriquer en Egypte et en France des statues exactement semblables dans le fond, différentes dans la forme, mais dont l'utilisation correspond à un rituel qu'il faut bien qualifier de magique.

    Un grand nombre de « Déesses Mères » ont été cachées vers le 5ème siècle, puis retrouvées à partir du 11ème siècle et réincorporées sur des lieux de cultes après avoir été christianisées, mais selon une méthode structurée par les moines bénédictins.

    Ceux-ci ont précisément – on pourrait même dire scientifiquement – implanté sur le territoire un réseau de statues, qui sont devenues les Vierges Noires, issues de la tradition celtique, qui avaient en partie disparu et que les moines retrouvèrent au contact de l'Orient.

    Après le menhir, le dolmen et la pierre branlante, l'église romane a pris le relais et c'est la Vierge Noire qui va jouer le rôle de catalyseur d'énergie. Elle va devenir un intermédiaire magique entre le monde des hommes et le monde de Dieu.

    Les travaux de Paul Trilloux ont permis de démontrer que toutes les églises romanes d'Auvergne ont été construites en tenant compte des courants magnétiques. L'implantation des Vierges Noires utilise les mêmes courants telluriques que les mégalithes.

    Telle est la Vierge Noire, symbole de la terre, enfermée dans le secret d'une crypte, mais qui porte en elle la force de la vibration de la terre, celle qui permet d'accéder au chemin de la connaissance manifestée. Elle est le principe régénérateur d'où sort la vie. Elle est la matrice cosmique d'où est sortie la lumière du monde.

    Les débuts de ce culte énigmatique des Vierges Noires  

    La vénération de la Vierge Noire en France, comme partout en Europe, est l’une des énigmes non élucidées au sein de l’Église catholique. Dans de nombreuses autres villes d’Europe, le culte que lui portent les fidèles n’en est pas moins indéniable. On lui désigne tous les vocables imaginaires depuis le 14e siècle parmi lesquels Notre-Dame la Noire, Notre-Dame la Brune, la Vierge Glorieuse, la Vierge Égyptienne, la Vierge au pilier, Notre-Dame-de-Sous-Terre, Mère de Dieu.

    Les Vierges Noires ont été et sont encore très populaires dans toute l’Europe et ce, dès le 12ème siècle. On en trouve tout particulièrement en France, notamment en Auvergne où trône l’une des plus célèbres : Notre-Dame du Puy.

    La présence de ces Vierges Noires dans le monde, et surtout en Europe, est d’autant plus fantastique qu’elle pousse, au-delà des croyances, à se questionner et pose une énigme archéologique et historique passionnante.

    La plupart de ces Vierges Noires ont causé, historiquement, beaucoup de soucis à l’Église catholique. Par conséquent, depuis le 19e siècle, plusieurs de ces Vierges Noires ont été remplacées par d’autres icônes plus conformes au dogme chrétien du modèle marial, ou tout simplement repeintes. Malgré tout, elles sont jusqu’à aujourd’hui l’objet de pèlerinages, et on leur accorde de grands pouvoirs de guérison, de fertilité et de fécondité.

    Le culte de la Vierge Marie aurait-il autant de succès et d’attirance s’il n’avait pas été associé à différents cultes féminins venus du plus profond de l`histoire religieuse des hommes ?

    La Vierge, surtout quand elle était noire, a tenu une place considérable dans la spiritualité chrétienne du Moyen Age. Elle deviendra la protectrice de notre Ordre de Chevaliers du Temple et, plus tard, celle de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques. Elle figurait sur les bannières des hommes de guerre aux fins de protection.

    Les grandes cathédrales gothiques étaient les temples de cette nouvelle déesse. Au 13e siècle, pas moins de quatre-vingt cathédrales dédiées à Notre-Dame et plus de cinq cents églises, entre 1170 et 1270, ont été édifiées à sa gloire, bâties pour la plupart sur des sites déjà consacrés à la Madone par la seule présence de sa statue le plus souvent noire et datant généralement de l’ère préchrétienne.

    La première origine de « Notre-Dame » 

    Rappelons que la religion catholique est issue de grandes civilisations, mais aussi que l'origine de Dieu, comme unique Dieu, est la Mésopotamie. Dans ce bassin du Tigre et de l'Euphrate, des hommes ont commencé à croire en un dieu unique, qui concentre tous les attributs des dieux des civilisations polythéistes, et non plus dans un dieu qui n'a pas tous les attributs. Les Hébreux ont vécu dans des pays aux civilisations polythéistes : chez les Perses dans un premier temps et chez les Égyptiens ensuite.

    Dans la civilisation égyptienne, une déesse était chargée de répandre la civilisation sur la terre : c'est Isis. Elle est mariée à son frère Osiris, et est mère d’Horus. Son mari et frère, Osiris, a été tué par Seth, et celui-ci va un jour déchiqueter son cadavre. La quête d'Isis va être de reconstituer le corps de son défunt mari pour lui rendre la vie et pouvoir ainsi avoir des enfants. Elle enfantera Horus, divinité solaire dans les papyrus égyptiens.

    Cela signifie plusieurs choses : le masculin a besoin du secours du féminin pour « passer » les épreuves : Osiris pour revivre, et Horus pour naitre et grandir à l'abri de la colère de Seth.

    Ensuite, cela veut également dire qu'après la mort, il y a la vie : Osiris revit parce qu’Isis a « recollé » les morceaux. Le fait qu'elle protège Horus dans l'élément liquide, principe féminin, indique que l'homme doit passer par le féminin.

    Isis est aussi magicienne. N’oublions pas que les égyptiens étaient de très grands magiciens, que les prêtres savaient manier cette magie et créer des objets, comme Dieu peut le faire. Quand Moïse, sur ordre de Dieu, jette son bâton, celui-ci se transforme en serpent. Les prêtres égyptiens font de même. C'est un peu comme si les dieux voulaient montrer qui est le plus fort. Dans la Bible, c'est Moïse qui gagne, car il s'adresse à la bonne Divinité. En effet, quand le changement vient de Dieu, il est plus fort que les formules magiques.

    Enfin, Isis est un modèle féminin, bonne épouse, bonne mère, veuve inconsolable. Le culte d'Isis grandit dans tout le bassin méditerranéen pour devenir la mère universelle.

    Dans les tombes égyptiennes, elle est représentée avec les bras ouverts, un manteau bleu étoilé. Elle est représentée sous les traits d'une femme portant sur la tête le hiéroglyphe du trône qui sert à écrire son nom. Par la suite, elle sera représentée avec une tête en forme de vache.

    Voilà la première origine de Notre-Dame, vue par les catholiques. Mais remarquez que les protestants n'ont pas adhéré à cette proposition de Bernard de Clairvaux de célébrer Marie comme Notre-Dame. Pour eux, Marie est certes la mère de Jésus, mais pas une figure à l'égal de Dieu. Les orthodoxes n'ont pas non plus le même culte marial que nous.

    La deuxième origine de « Notre-Dame »

    La deuxième origine de Notre-Dame trouve ses racines dans la mythologie grecque. N’oubliez pas que les premières communautés chrétiennes étaient grecques.

    Dans la mythologie grecque, au début, il n'y a rien, hormis un immense vide, le chaos (Le chaos est représenté sous forme de serpent : le serpent cosmogonique) dans lequel s'installe Gaïa, la Terre. Pour les Grecs, l'âge d'or correspond au moment où régnait le principe féminin. C'était un matriarcat, alors que maintenant, nous vivons dans un patriarcat. L'enfant essentiel de Gaïa, c'est le ciel, Ouranos. Elle le fait aussi grand qu'elle, pour qu'il la couvre entièrement. Ensemble, ils font les titans, dont Chronos. Chronos vint au secours de sa mère pour qu'Ouranos arrête de la féconder.

    Chronos prit le pouvoir et fit des enfants à Rhéa, sa sœur. Il les mangea tous, car il existait une prédiction qui disait que le fils prendrait la place du père. Rhéa décida que cela devait s'arrêter. Pour sauver son enfant dernier né, Zeus, Rhéa présenta à Chronos une pierre, qu'il avala. Zeus fut ainsi sauvé et élevé par la chèvre Amalthée. Quand il fut adulte, il délivra ses frères et sœurs du tartare, lieu où son père Chronos les avait mis. Ainsi purent vivre : Hadès, dieu des enfers, l'autre monde ; Poséidon, dieu des océans ; Héra, déesse des épouses, femme de Zeus ; Hestia, déesse du foyer, de l'intériorité ; Déméter, déesse de la fertilité, des moissons, la Terre Mère.

    Pour comprendre les origines du culte marial, nous devrions nous intéresser davantage à Déméter. Effectivement, son nom signifie Terre Mère : Gé Méter. Elle se différencie de Gaïa car elle est la terre nourricière, alors que sa grand-mère est la terre cosmique.

    Dans son histoire, Déméter va perdre sa fille chérie Perséphone, enlevée par Hadès, et du fait de son chagrin, elle ne va plus rendre la terre fertile. Les hommes vont mourir de faim. Pour redonner la moisson aux hommes, Zeus va demander à Hadès de laisser son épouse sortir des enfers. Chaque année, Perséphone sort de terre et la vie reprend dans les champs. Chaque année, elle retourne aux enfers et la vie dans les champs s'arrête, car Déméter est éplorée. Déméter est aussi la Déesse qui apprend aux hommes les mystères d'Eleusis : après la vie, il y a la vie.

    D'un point de vue symbolique, cela veut dire :

     -       que la terre est de nature féminine

     -       que la vie est également de nature féminine

     -       que la femme connait son pouvoir qui est de transmettre la vie ou d'arrêter la transmission

     -       que la connaissance des mystères d'Eleusis passe par le féminin.

    On voit que l'on est bien loin d'une simple mère !

    Le symbolisme de « Notre-Dame »

    « Notre-Dame » est une déesse, « à l'égal » de Dieu. C'est pour cela que c'est elle qui apparait à Lourdes, à Fatima et ailleurs dans le monde. Elle est la terre cosmique et la Terre Mère.

    N'est-ce pas pour cela aussi que l'on dit qu'elle est l'immaculée conception ? Et pour cause : elle était là avant tout le monde ; elle est l'origine de la terre !

    Dans le culte marial, on va jusqu'à trouver la mère de Marie, Anne. D'un point de vue symbolique, Anne est Gaïa et Marie – Notre-Dame – est la Terre Mère. C'est pourquoi, les représentations vont être totalement différentes.

    On retrouve tous les attributs des déesses Isis, Déméter  et Gaïa dans les représentations de Notre-Dame : elle a les bras ouverts (Isis), un manteau bleu (Isis), la terre sous ses pieds (Déméter), un serpent dans ses pieds (Gaïa), la tête couronnée d'étoiles (Gaïa).

    Dans les représentations, Marie est la mère de Jésus. Elle le porte dans les bras. Si elle n'a pas au moins un des attributs cités, il ne s’agit pas de Notre-Dame.

    La vierge noire, c'est encore autre chose. Elle est assise ; elle porte Jésus qui regarde de face, dans la même direction que sa mère. A l'origine, les statues de vierges noires étaient installées dans les cryptes des églises. Cela signifie, toujours d'un point de vue symbolique (on joue avec des énergies), qu'il faut passer par une introspection de soi-même pour aller voir le fils. On pourrait presque rattacher cela à la prédiction grecque : un jour, le fils prendra la place du père. La vierge noire oblige à aller voir notre part d'ombre, la part d'ombre comme celle de Gaïa et Réha qui ont laissé leur époux détruire leurs enfants.

    Que savons-nous de l’étymologie du nom de Marie ? 

    De nombreuses interprétations sur l'étymologie du nom « Marie » ont été données mais, à ce jour, aucune ne s'est vraiment imposée.

    Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    Marie, du grec Μαριαμ, Mariam, de l’hébreu Myriam מרים, est une fille juive de Judée considérée comme la mère de Jésus de Nazareth. Les Églises catholique et orthodoxe accordent une place spéciale à Marie, qu'elles appellent Vierge Marie et qui est l'objet d'un culte particulier.

    La racine égyptienne m, r, y semble pourtant crédible puisqu’elle signifie « aimer ».

    Une autre signification très courante également est : « noble, élevée ».

    En revanche, il convient de tenir pour purement poétique l'explication par l'hébreu mar yam (« goutte de la mer »), latinisé en stilla maris, lui-même devenu Stella maris c’est-à-dire « Étoile de la mer ».

    Quelquefois apparaît aussi l'explication par la racine hébraïque marah, « amère », « rebelle » ou « chagrine ». On a aussi vu un lien avec le mot ra'ah, « voir », d'où « prophétesse » ou 'wr, « éveiller » ou encore avec mara, « maîtresse ».

    Alors, qui est « Marie » ?

    Marie de Nazareth, tout autant que Jésus, appartient à l'histoire des hommes. Elle appartient à la suite des générations, ni plus ni moins que n'importe quelle autre femme. A ce titre, les historiens peuvent chercher à la connaître, selon les méthodes et avec les instruments qu'ils peuvent utiliser pour connaître tout être humain appartenant au passé. Les documents dont ils disposent sont minces, mais à la réflexion plus abondants que pour la presque totalité de l'humanité qui nous a précédés. Les hommes et les femmes dont les historiens peuvent atteindre quelque chose de la particularité sont une part microscopique de tous les hommes.

    L'Eglise, elle, affirme plusieurs faits à propos de Marie, qui la font apparaître comme une personne singulière au milieu de la vaste humanité. Ce qu'elle déclare ainsi, avec audace, l'Eglise sait qu'elle ne le connaît que par la Révélation que Dieu en fait, par la Parole adressée par Dieu et que l'Eglise accueille, qu'elle prend au sérieux, qu'elle médite et scrute, dont elle tire sa vie. C'est donc dans la foi que l'Eglise parle de Marie elle-même ; c'est la foi seule qui lui permet de savoir ce qu'elle prétend savoir.

    Si certaines parties des textes évangéliques sont des textes poétiques ou théologiques et non pas historiques, ces textes n'en cherchent pas moins à dire le Vrai. Les Evangiles ne fonctionnent pas comme des articles de correspondants de presse, rapportant ce qu'ils voient ou ce qu'on leur a raconté et dont l'honnêteté consiste à décrire les faits tels qu'ils peuvent être vus au plus près de l'événement et par quelqu'un qui n'a pas d'intérêt direct dans ce qui se passe. Les traiter comme tel amène à chercher en eux des réponses à des questions qu'ils ne se posent pas, et à ne pas chercher à comprendre d'abord ce qu'ils veulent transmettre aux croyants.

    Le visage et la place de Marie, la mère de Jésus sont indissociables de l'histoire du christianisme depuis les origines. Appuyés sur les Evangiles et sur les premiers conciles, les chrétiens reconnaissent à la Vierge Marie le titre de Mère de Dieu. Cela parce qu'elle est la mère de Jésus et que Jésus est Dieu. Pour la tradition catholique, elle est, non seulement figure et modèle des croyants, de celles et ceux qui font confiance à la Parole de Dieu, mais elle est aussi pleinement associée à la gloire de son fils, Jésus le ressuscité.

    Le Nouveau Testament parle peu de Marie. Néanmoins, nous avons assez d'indications pour la connaître, découvrir son attitude profonde de disciple de Jésus, son fils, Fils de Dieu. C'est là le meilleur d'elle-même qui transparaît et éclaire notre foi de Chrétiens. Elle reconnaît en son fils le Messie, l'envoyé de Dieu. En mère et en disciple, Marie se tient au pied de la croix. Malgré la condamnation de Jésus par les hommes, sa confiance demeure.

    Jean, l'Evangéliste, relate une des dernières paroles de Jésus : « Femme, voici ton fils ». Jésus confie l'apôtre Jean à sa mère. Puis Jésus confie Marie à son disciple en lui disant : « Voici ta mère » (Jean 19, 25-27).

    Par la suite, Marie sera désignée comme mère des Chrétiens, de tous ceux qui reconnaissent le Messie de Dieu sous les traits du crucifié et proclament sa Résurrection.

    Selon la tradition de l'Église catholique romaine, Marie, témoin de l'amour de Dieu, peut recevoir plusieurs titres :

    - « Mère de Dieu » (Concile d'Ephèse en 431). En Jésus, l'Église reconnaît le Dieu fait homme, c'est une affirmation essentielle de la foi chrétienne. Parce qu'elle est mère de Jésus, Marie peut être appelée mère de Dieu.

    - « Vierge ». En fait, il s'agit moins de dire quelque chose sur Marie, que sur Jésus. Il est le Messie, né non d'une volonté d'homme, mais donné par Dieu à l'humanité, gratuitement, de manière totalement inédite. Jésus vient d'ailleurs ; il est dit : « conçu par l'Esprit Saint ».

     - « Immaculée ». Dès sa naissance, Marie est orientée selon l'amour de Dieu. Elle est prête à l'avènement du Christ venu pour le salut de tous les hommes.

    L'Assomption de Marie signifie qu'en vivant pleinement de l'Esprit Saint, elle accède totalement, par la grâce particulière de son fils, au monde nouveau et définitif de la Résurrection.

    Tous les historiens se sont accordés à reconnaître que saint Bernard fut le zélateur incontesté du culte marial. C’est effectivement lui qui a favorisé le culte de la Vierge Marie.

    Le rôle de saint Bernard, envers le culte de Notre-Dame

    Saint Bernard, personnalité exceptionnelle, était en relation avec nombre de savants, d'érudits et aussi de hauts responsables. Mystique, c'était aussi un très grand orateur, capable d'entraîner les foules. Il était aussi un grand écrivain et un virtuose de la langue latine.

    À la fois mystique et homme de combat, Bernard de Clairvaux a été canonisé le 18 janvier 1174 par Alexandre III puis déclaré docteur de l’Eglise par Pie VIII en 1830. Saint Bernard a prêché la 2ème Croisade à Vézelay en 1146 mais il a combattu les massacres de juifs dans les villes du Rhin. Il a soutenu l'ordre des Templiers et s'est en même temps heurté à des tendances nouvelles de son temps, comme le développement des villes, avec leurs universités, la naissance d'une société marchande et la dialectique d'Abélard.

    Saint Bernard a particulièrement mis l'accent sur la dévotion à la Vierge Marie : tous les monastères cisterciens ont été placés sous l'invocation de Notre-Dame. Mystique, il utilise le langage de l'amour courtois dans un sens spirituel.

    Bernard de Clairvaux, l’éminence grise des débuts de notre Ordre, moine intellectuel, mais fervent, était tout dévoué à Marie, comme l’indiquent nombre de ses sermons. Cependant, la Vierge n’était pas, semble-t-il, le véritable objet de son amour spirituel. Il vénérait une autre Marie, dont l’identité réelle nous est suggérée par sa passion des vierges noires et le fait qu’il consacra près de quatre-vingt-dix sermons au Cantique des Cantiques, et plus de prêches encore dans lesquels la «bien-aimée» est clairement identifiée à Marie de Béthanie, qui, en ce temps-là, était confondue avec Marie-Madeleine. Marie de Béthanie est, selon le Nouveau Testament, une femme disciple de Jésus-Christ. Elle est la sœur de Lazare et de Marthe. La tradition catholique l'assimile à Marie de Magdala (Marie-Madeleine). Les protestants et les orthodoxes considèrent qu'il s'agit de personnes distinctes.

    « Je suis noire, mais je suis belle », dit la bien-aimée, une phrase qui lie le Cantique des Cantiques au culte des vierges noires. Or Bernard était né à Fontaines, près de Dijon, un centre du culte des vierges noires ! Il prétendait devoir son inspiration à trois gouttes de lait miraculeusement tombées sur lui de la poitrine de la Vierge noire de Châtillon, quand il était enfant. On a laissé entendre qu’il s’agirait d’une référence codée à une initiation à son culte. 

    Quand Bernard prêcha la seconde croisade, ce fut de Vézelay, un centre consacré à Marie-Madeleine. La dévotion apparente de Bernard pour la Vierge n’était probablement qu’un écran de fumée masquant sa passion pour la Magdaléenne, même si les deux ne sont pas incompatibles.

     

    Toutefois, lorsqu’il rédigea la Règle des Templiers, Bernard précisa que les chevaliers devaient « allégeance à Béthanie, le château de Marie et Marthe ». Il transmit sa dévotion particulière à l’Ordre.

     

    Alors même qu’ils étaient menacés d’extinction, les chevaliers emprisonnés aux côtés du Grand Maître, Jacques de Molay, dans la forteresse de Chinon, composèrent une prière à Notre-Dame. Ils y évoquent saint Bernard, qui fonda la religion de la Sainte Vierge Marie. Compte tenu des autres indices, sans doute s’agissait-il là d’une référence codée au culte de la Magdaléenne.

    Pourquoi notre Ordre nous demande-t-il d’avoir cette dévotion particulière à l’égard de « Notre-Dame » ?

    Notre dévotion à l'égard de « Notre-Dame »

    Marie est le Sanctuaire par excellence du Saint-Esprit. Elle est aussi son associée dans l'œuvre de la sanctification des âmes. En vertu de notre baptême, nous devons rendre un culte au Saint-Esprit. En effet, le Saint-Esprit n'a pas attendu notre confirmation pour prendre possession de notre âme.

    Du culte des Vierges noires à celui de Notre-Dame

    C'est la grâce sanctifiante qui, reçue au baptême, fait de notre âme la demeure de Dieu, de la Sainte Trinité. Mais comme la sanctification est attribuée au Saint-Esprit, notre âme devient le Temple du Saint-Esprit. Dans un sanctuaire, on vient rendre à Dieu un culte... Or le Saint-Esprit dans nos âmes est bien souvent seul, c'est une réalité à laquelle on ne pense pas assez. Nous sommes en état de grâce, le Saint-Esprit est en nous, et nous n'y pensons guère...

    Actif en nous, le Saint-Esprit est Esprit de Vie, le moteur qui nous emporte vers la vie éternelle. Au baptême, Il a déposé en nous des dons, pour capter ses ondes divines, sa parole, pour recevoir son souffle et être facilement mobile à son action.
    Nous avons donc des devoirs vis-à-vis du Saint-Esprit.

    Parmi toutes les créatures dotées par Dieu de la grâce sanctifiante, quelle est celle qui a été par excellence le sanctuaire du Saint-Esprit sinon celle qui a reçu dès le premier instant de sa conception la plénitude de la grâce.

    Pour marquer les relations de Marie avec le Saint-Esprit, elle en est avant tout le Temple, le Sanctuaire. Ce que nous devenons au baptême, Marie le fut dès le premier instant de sa conception. Elle était déjà consacrée Temple de Dieu, Temple jamais profané.

    La deuxième visite du Saint-Esprit, dans son Sanctuaire, fut lors de l'Annonciation. L'Esprit-Saint survint en Marie pour y opérer son chef d'œuvre : un Dieu fait homme. Il en fait la Mère de Dieu. Enfin la troisième visite, à la Pentecôte, Il vint opérer en Marie quelque chose de nouveau. Il vint la confirmer comme Mère de toute l'Eglise.

    C'est par Marie que le Saint-Esprit nous configure à l'image de Jésus. C'est par Marie qu'Il opéra et achèvera en nous l'œuvre de notre sanctification. La Vierge Marie, inséparable de Jésus dans l'œuvre du salut du monde devient aussi l'associée du Saint-Esprit, la corédemptrice dans l'œuvre de notre sanctification.

    Si nous voulons être l'objet des faveurs du Saint-Esprit, établissons la dévotion à Marie dans notre âme.

    Que nos âmes brûlent donc d'amour pour la Vierge Marie, elles seront vite embrasées d'Amour de Dieu !

    Frère André B.,

    Ancien Commandeur - Grand Chancelier prieural

     


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